Partager l'article ! Awkward moment #1: Quelle idée de vouloir acheter du shampoing un dimanche soir ? C’est pourtant ce que je sui ...
Quelle idée de vouloir acheter du shampoing un dimanche soir ?
C’est pourtant ce que je suis allé faire, marchant sous un léger crachin dans la pénombre des rues obscures – car systématiquement non éclairées – de Mill Valley, modeste ville où j’habite, située à dix minutes en voiture au nord de San Francisco. Mon but ? Passer par l’ATM de la Wells Fargo – ma banque –, avant de me rendre au Safeway du coin de la rue (enfin, à un coin de rue se trouvant à quelques blocs, donc à cinq-dix minutes de marche quand même, on reste aux states hein) pour me procurer mon fameux champoing. Si l’aventure s’annonçait simple sur le papier, reste qu’elle sera source d’un de mes premiers « awkward moment » (comprendre par là un moment étrange de flottement que l’on peut à peu près localiser entre le moment où on dit ou fait une connerie sans le savoir mais en sentant un léger malaise chez l’autochtone interagissant avec nous, et le moment où on comprend ce qui s’est passé – plus ou moins longtemps, donc). J’espère que ce sera le début d’une nouvelle et riche catégorie, on verra bien dans le futur !
Mais, revenons à nos moutons si vous le voulez bien ! Je me trouve donc sous le crachin, bonnet vissé sur la tête et marchant d’un pas régulier et déterminé ; je savais où j’allais. Rapide arrêt au distributeur de billets, qui fort heureusement se trouve sur le chemin du magasin, et une minute plus tard me voici dans l’un des temples de la consommation américaine, principalement dédié à la nourriture malgré quelques rayons un peu plus ésotériques (dont certains consacrés aux cartes de vœux/ anniversaire ou, plus utile dans mon cas, aux cosmétiques et plus particulièrement aux shampoings et autres gels douche). Me voici donc dans mon fameux rayon, accomplissement de plusieurs jours de ruminage dans ma douche (« Rah, bientôt plus de shampoing, faut que j’aille en racheter rapidos ! »). Je commence à regarder les marques, les prix, les bienfaits vantés, le tout d’un œil tout à fait novice. Mon attention s’arrête sur une bouteille de shampoing Fructis plus grosse que les autres pour le prix pas énormément plus élevé de $5.99 (« Super, non seulement j’économise de l’argent, mais en plus je n’aurais pas à racheter du shampoing de si tôt avec une bouteille comme ca ! Et en plus, c’est une marque que je connais et la bouteille est couverte de vantages [ou vantations, voir vantationnages, choisissez votre néologisme préféré] de bienfait ! Parfait ! »). Hop, je saisis une bouteille et me dirige vers les caisses, bondées. Après un bon petit quart d’heure d’attente, j’arrive au niveau du caissier. Je pose mon précieux assainisseur capillaire sur le tapis roulant – à défaut d’être volant – et avance, un billet de $20 à la main, confiant et déjà dans l’attente de mon ticket de caisse et des $14.01 restants – c’est à dire un certain nombre de billets et une pièce d’un penny. Premier coup porté par Michael (Non, je n’ai pas été traumatisé par l’expérience qui va suivre a ce point, c’est juste qu’ici, le nom du caissier qui vous sert est marqué sur le ticket de caisse).
- « Do you have a Safeway Club Card ? »
Rapidement, la confiance s’évanouit, laissant place à l’incertitude et à une question qui me taraude (« Do you have a Safeway what ? »). Je lui demande de répéter et, n’ayant pas plus compris, je lui réponds du tac au tac.
- « Euh… no »
Dans ma tête, c’est le bazar (« Ok, j’ai pas capté ce qu’il m’a demandé, j’espère que c’était pas important ! J’espère qu’il a compris que je suis un étranger un peu déboussolé ! J’espère qu’il ne prend pas pour un débile ! J’espère qu’ … »). Mon bourreau prépare les fameux billets. J’essaye de compter (« 10, 11, 12, $13… Combien il devait me rendre déjà ? Arf, je ne sais plus… Allez, tant pi, j’attrape les billets et je file, au diable le penny, il n’a qu’à le garder et l’encadrer chez lui en souvenir de moi ! De toute façon il ne prend même pas la peine de le sortir de sa caisse, il n’est pas bête, il a compris que je n’avais que faire de son insignifiante pièce… »)…
- « …change ?… »
Il interrompt un instant mes pensées d’un geste et d’une phrase dont je ne saisis que le dernier mots, alors que je rangeais les billets dans mon portefeuille. Je tourne mon regard vers le point qu’il indique, juste devant moi, sur ma droite (« Ah, tiens, un bol avec des pièces ! C’est probablement l’endroit ou les gens laissent un peu d’argent – un pourboire quoi – pour le caissier ! Ouaip, y’a la même chose au boulot, ca doit surement être ça ! Il doit probablement me demander de me servir mon penny dedans, ouais. Bah, autant le lui laisser, je ne suis vraiment pas à un penny près !»).
- « No thanks. » (« Hey mon gars, t’as vu comment je suis généreux ? J’ai peut être du mal a comprendre ce que tu me dis là, mais niveau générosité, je m’y connais big time ! »)
Le bougre me regarde d’un air de « Houla, il sort d’où ce mec là ? », puis insiste, et cette fois-ci je comprends l’intégralité de sa phrase.
- « You really don’t want to keep the change ? »
(« Quoi, il veux que je prenne l’intégralité du bol ? Mais, j’étais supposé ne recevoir de lui qu’une misérable pièce, pourquoi tant de bonté ? ») Me conciliant à sa suggestion, je plonge ma main dans le bol, notant au passage que ce n’est pas un simple bol ; celui-ci est prolongé d’un conduit le reliant à une sorte de boite. Les pièces mises dans mon portefeuille, il me tend le ticket de caisse.
- « Do you want a bag ? »
- « No, thank you. » (« C’est ça, pour une simple bouteille de champoing ? Et bien non monsieur, je suis protecteur de la nature, je porterais ma bouteille avec mes petites mains – et accessoirement je vais me barrer d’ici rapidos, je vois bien que, toi et les clients derrière, vous me regardez avec un drôle d’air. »)
J’attrape son ticket et je sors du supermarché à grand pas, commençant à comprendre ce qui vient de se passer : les prix indiqués dans les rayons sont des prix hors taxes ; la caisse ne contient que des billets, les pièces sont rendues automatiquement via une machine et c’est à nous de les récupérer (ce n’était pas la première fois que je voyais cela, mais au Japon l’argent était toujours récupéré par le caissier avant d’être rendu). Un coup d'oeil au ticket confirme ce que je pense : $5.99 avant la taxe, $6.53 après passage en caisse, damn it !
Awkward moment indeed, donc, au moins je le saurais la prochaine fois. Je pleure intérieurement, mes larmes étant reflétées par le temps à l’extérieur : il pleuvait à chaudes larmes. Je fouille dans mon sac et en sort mon mini-parapluie made in Japan. Mon pantalon commence à prendre un peu d’eau alors que je parcours la rue ; qui dit mini-parapluie dit mini-encombrement dans le sac mais aussi mini-protection. Je rumine mon flagrant échec avant de secouer la tête, une idée y faisant lumière (« Au moins, ce sera un bon sujet pour un post sur mon blog ! »). Il est important de toujours voir le positif dans son malheur (si petit soit-il), surtout quand on est expatrié et que l’on va acheter du shampoing, un dimanche soir…
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